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Togo : les chefs traditionnels, entre devoir de neutralité et pression politique

Didier ASSOGBA
5 Min Read

Réunis à Kpalimé pour une Journée nationale de réflexion, les chefs traditionnels togolais ont été exhortés par le gouvernement à jouer un rôle central dans l’apaisement du climat sociopolitique. Un message qui intervient alors que la Ve République, née de la Constitution du 6 mai 2024, redessine le paysage institutionnel du pays. Les travaux ont été ouverts par Hodabalo Awaté, le ministre en charge de la chefferie coutumière.

« Neutres, impartiaux, apolitiques » : les qualificatifs sont revenus à plusieurs reprises dans le discours du ministre de l’Administration territoriale, de la décentralisation et de la chefferie coutumière qui a ouvert les travaux en présence de dignitaires venus de toutes les préfectures. Officiellement, il s’agissait de saluer « le rôle primordial » des chefs coutumiers dans la cohésion sociale. Mais entre les lignes, le Colonel Hodabalo Awaté a adressé un message clair : dans un contexte tendu, la chefferie ne doit pas devenir un relais de contestation.

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La nouvelle Constitution consacre en son article 88 le statut de la chefferie comme « gardienne des us et coutumes », tout en inscrivant son action dans la loyauté envers l’État (article 24 de la loi de 2007). Cette reconnaissance, inédite à ce niveau, renforce son poids… mais aussi ses obligations.

L’un des enjeux majeurs de cette journée était donc de concilier deux exigences : rester fidèle à l’État, comme l’exige l’article 24 de la loi, tout en conservant une légitimité aux yeux des populations.

« La chefferie traditionnelle est reconnue par la Constitution de 2024 en son article 88 comme gardienne des us et coutumes. C’est une reconnaissance solennelle de votre rôle de sagesse, de médiation, de rassemblement », a martelé Colonel Hodabalo Awaté, sous les regards attentifs des dignitaires.

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Un rôle politique accru des chefs traditionnels

Avec le passage au régime parlementaire, les collectivités locales et les représentations populaires gagnent en importance. Les chefs traditionnels, figures respectées et enracinées, deviennent de fait des acteurs d’influence dans les équilibres politiques régionaux. Leur capacité à « éduquer, sensibiliser et éclairer » leurs communautés sur les enjeux institutionnels est désormais un levier stratégique.

Les événements des 6, 20, 27 et 28 juin 2025, présentés par le gouvernement comme une tentative de « déstabilisation » orchestrée depuis l’étranger, ont servi de toile de fond aux discussions. Colonel Hodabalo Awaté a salué le « professionnalisme » des forces de l’ordre et la « maturité citoyenne » de la population, tout en appelant les chefs traditionnels à redoubler d’efforts pour contenir toute flambée sociale.

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Mais au-delà de la rhétorique, le message était politique : les chefs traditionnels sont appelés à être des « alliés objectifs » du pouvoir dans la préservation de l’ordre public. Le ministre a ainsi évoqué les appels à la révolte lancés en juin 2025 par des activistes basés à l’étranger, via les réseaux sociaux.

« Des individus ont voulu semer la haine, appeler à la désobéissance civile, au vandalisme, à l’attaque des institutions… Mais grâce à la maturité du peuple togolais et à l’engagement des chefs traditionnels, cette tentative de déstabilisation a échoué », a-t-il affirmé.

Pendant les travaux de la journée, trois communications ont été présentées : sur la place de la chefferie dans la 5ᵉ République, sur la crédibilité des conseils traditionnels, et sur les défis sécuritaires liés au terrorisme dans le nord du pays.

Parmi les chantiers annoncés : révision du cadre légal, rédaction d’un historique national des chefferies, digitalisation via une plateforme web, et formation sur l’éthique et la gouvernance.

Cette journée de réflexion, conclue par la promesse d’une déclaration, illustre la position ambivalente de la chefferie : gardienne d’une sagesse ancestrale et relais d’unité nationale, mais aussi institution intégrée au dispositif politique. Dans la Ve République, son rôle pourrait devenir encore plus stratégique… et plus exposé.

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